[Edition POP Meufs] Monica Puig, la championne olympique qui veut reconstruire son île

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Porto Rico, ce n’est pas que Ricky Martin et Jennifer Lopez… désormais, c’est aussi Monica Puig ! Sa victoire surprise aux J.O. de Rio en 2016 (bottant les fesses des stars Kerber, Muguruza, ou Kvitova au passage) a été une parenthèse de sérénité et de joie pour un pays pauvre où la violence fait rage. Le jour de la finale, pas un meurtre n’était à déplorer sur l’île, chose inhabituelle. Dévasté par l’ouragan Maria en septembre dernier, Porto Rico a du mal à se relever… C’était sans compter sur la générosité de la tenniswoman d’origine catalane. Rencontre avec une championne de l’humanitaire.

Qu’a changé ta médaille d’or olympique ?

Ça a changé beaucoup de choses. C’est clairement le plus grand accomplissement de ma carrière. J’en suis extrêmement fière et je chérirai toujours ce moment, ce titre, cette expérience comme quelque chose de spécial.

Était-ce difficile de se reconcentrer sur le tennis après toutes les sollicitations post-Rio 2016 ?

Je ne nierai pas que ça l’a été. Quand tu gagnes la toute première médaille d’or de l’Histoire de ton pays, tu es très demandé(e). Ce n’est pas facile de gérer la pression, les attentes, et tout ce qu’on attend de toi. Mais je crois avoir appris de ça et que ça m’a rendue meilleure.

Parfois, des athlètes réalisent la compétition parfaite. Comme si rien ne pouvait leur arriver. À Rio, tu as semblé être dans cet état de grâce. Comment l’expliques-tu ? Pourquoi tout a si bien marché pour toi ?

Je me pose aussi la question parfois. Mais quand tu joues pour ton pays, avec un seul but en tête, tout est possible. J’y ai cru.

Je ne sais pas si c’était une prémonition mais tu as adopté un chien que tu as appelé Rio juste avant de partir aux Jeux Olympiques. Est-ce qu’en 2020 tu en prendras un autre et l’appelleras Tokyo ?!

(Elle rit) Ce serait drôle. Rio n’est pas de tout repos, alors je ne pense pas, mais on ne sait jamais !

À l’évidence, tu adores Porto Rico. Qu’est-ce que ça représente pour toi, vu que tu as grandi en Floride ?

Porto Rico est ma maison, ma fierté, ma joie. C’est de là que je viens, là où vit la plus grande partie de ma famille. Les gens de Porto Rico sont dans mon cœur. Je suis vraiment 100% portoricaine et le serai toujours. J’y vais plusieurs fois par an et je ne pourrais pas être plus fière de venir d’un autre endroit que celui-là.

Situé à l’est de la République Dominicaine, Porto Rico a un statut hybride. C’est un territoire appartenant aux USA mais pas un de leurs États. Du coup, les portoricains ne votent pas aux élections étasuniennes (tant mieux pour Trump, car il n’y aurait pas obtenu beaucoup de voix…). Les étasuniens les considèrent comme les leurs quand cela les arrange. Des opportunistes ont d’ailleurs réclamé que la médaille d’or de Puig soit comptabilisée parmi les médailles des USA aux Jeux de Rio. Demande rejetée !

Longtemps, des compagnies étasuniennes se sont établies à Porto Rico pour son régime fiscal spécial accordé par Washington, mais quand il a été supprimé en 2006, elles sont reparties sans scrupule laissant des milliers de gens au chômage.

Déjà plombés par une dette de 72 milliards de dollars et visés par une stricte politique d’austérité, les portoricains ont eu le malheur de voir l’ouragan Maria les frapper de plein fouet en septembre 2017. La restructuration du pays prendra des années… Monica Puig apporté sa pierre à l’édifice en créant une collecte de fonds sur internet, récoltant 172 000 dollars alors qu’elle n’en espérait que 150 000.

Tu es plus connue que J.Lo maintenant à Porto Rico ?!

Je ne suis pas sûre que ce soit comparable. On est toutes les deux de « PR », on aime notre île, ses valeurs, et ses gens.

Aux États-Unis, des gens te reprochent-ils de représenter Porto Rico ?

Non, car je représenterai toujours Porto Rico. C’est là que je suis née et de là que je viens.

Après l’ouragan Maria, tu as créé une collecte de fonds et obtenu 172 000 dollars. Peux-tu nous expliquer comment cet argent est utilisé ?

On a utilisé l’argent pour plein d’objets. D’abord, on a acheté des choses qui faisaient défaut au quotidien. Des cuisinières, des lampes, de l’insuline, des médicaments, du gaz propane. Je suis allée avec Maria Sharapova et nos équipes sur l’île et on a distribué ça aux gens. Actuellement, on soutient diverses initiatives, comme la reconstruction de maisons, de toîts, et d’hôpitaux.

En 2016, tu as joué (et gagné) un match exhibition contre Maria Sharapova à Porto Rico, est-ce quelque chose que tu veux organiser chaque année ?

C’était le plan et ça l’est toujours. Malheureusement, à cause de l’ouragan, on n’a pas pu le faire en 2017, mais on espère créer un autre événement à Porto Rico en fin d’année. On y travaille actuellement, alors suivez ça de près 🙂

Larry Nassar, ex-médecin de l’équipe étatsunienne de gymnastique, va finir sa vie en prison pour avoir agressé sexuellement de jeunes athlètes. En tant que femme dans le sport, comment as-tu vécu cette histoire ? Et dans le tennis, as-tu déjà rencontré des types bizarres qui ont voulu abuser de toi ?

(Elle a choisi de ne pas répondre à cette question. On vous laisse apprécier l’éloquence de cette non-réponse.)

Tu as gagné à Joué-les-Tours et Poitiers en 2012, à Strasbourg en 2014, et tu as atteint la finale de Roland-Garros junior en 2011. Admets-le : tu aimes la France ! Quand te reverra-t-on chez nous ?

C’est clair ! J’ai connu de nombreux succès en France, j’adore jouer sur terre battue, et chaque année, j’ai hâte de revenir ! J’espère jouer à Strasbourg et ensuite, évidemment, à Paris, à Roland-Garros.

Pour conclure, que conseillerais-tu à une petite fille qui veut devenir une athlète professionnelle ?

Rêve grand et n’arrête jamais d’y croire. Tout est possible si tu travailles dur, montres de la détermination, et restes concentrée.

Par Titi Bitch

Cet article a été publié dans le numéro un de la version papier de Désublimation Régressive, vendue à l’occasion du festival POP Meufs qui s’est tenu durant tout le mois de mars 2018 au Pavillon des canaux (Paris XIXe). Vous l’avez loupée ? Séchez vos larmes : il est encore temps de l’acheter ! Ecrivez-nous juste un mail à desublimation.regressive@gmail.com.

En attendant, on publiera ici tous ses articles durant les deux prochains mois. Petits chanceux.

 

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[Edition POP Meufs] Chronique historique #28 ~ Petit précis d’histoire du féminisme

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— Marie posez cette plume, ça n’est pas un jouet.
— JAMAIS !
— Vous allez finir à l’échafaud (moi je m’en fous hein c’est pour vous).
— Et bien tant mieux mère, je préfère que mon sang coule pour avoir eu trop de courage plutôt que mes larmes pour ne pas en avoir eu assez !
— Wo tu t’es cru au théâtre là avec tes envolées lyriques là ? POSE TA PUTAIN DE PLUME !
— J’ENTENDS PAS JE PASSE SOUS UN TUNNEL.
— Enfoirée.

Sacré caractère que celui de la jeune Marie Gouze, plus connue sous le nom d’Olympe de Gouges, rédactrice de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne en 1791. Une performance qui viendra s’ajouter à un dossier déjà lourd de féminisme où les revendications pour l’égalité entre les sexes et les « races » s’associaient à l’exigence de l’accès au suffrage pour la gente féminine. Un petit cocktail qui lui ouvrit tout droit la voie vers la Guillotine en 1793.

Ainsi les dernières années du XVIIIe siècle furent certes révolutionnaires mais uniquement pour ces messieurs. La condition féminine, malgré une évolution lente quoique irrégulière, demeure cloisonnée dans les limites étroites du bon vieux patriarcat. En cela, l’interdiction faite en 1790 aux femmes de porter des habits masculins est hautement symbolique : ne pas vouloir adopter les attributs qui conviennent à son sexe revient à déstabiliser l’ordre dit naturel, à bousculer les règles établies, bref, à fout’ le bordel.

Les premières années du XIXe siècle consacrent la misogynie ambiante. La femme est avant tout une mère et une épouse. Le Code Pénal en remet une couche en 1804 en inscrivant dans le marbre l’infériorité civile de ces êtres étranges aux cheveux longs et par la même occasion la supériorité du mari et du père dans tous les domaines. L’instruction des femmes est jugée inutile voire même dangereuse :

— Oh putain.
— YA UNE ARAIGNÉE ???
— Ne bougez plus Charlotte. Regardez-moi et écoutez ma voix. Oubliez tout le reste, il est très important que vous restiez concentrée sur ma voix.
— Anatole vous avez consommé des boissons fermentées ?
— Vous allez tranquillement poser ce livre sur le sol sans faire d’histoires et le faire glisser doucement jusqu’à moi vous entendez ?
— Pourtant ça pourrait vous plaire Anatole, il s’agit d’un ouvrage politique sur la période révolutionnaire.
— Charlotte, mon petit poussin, il y a des choses un peu plus importantes que d’essayer de comprendre le monde dans lequel on vit. Vous croyez qu’elles vont s’éplucher toutes seules les patates ?

Le milieu des années 1820 voit le développement du mouvement saint-simonien qui prend rapidement des positions relativement féministes pour l’époque. Plusieurs femmes, lettrées ou non, investissent le saint-simonisme. A l’époque, lutte féministe et lutte des classes vont de pair. La condition féminine embrasse largement les problématiques de la condition de la femme ouvrière. On se bat sur tous les tableaux : privé et public. De nombreuses revues voient le jour à l’époque portant des revendications telles qu’on peut les lire dans les publications de Claire Demar dans les années 1830, attaquant tout à la fois les problématiques de la sphère privée et du domaine public. Partout, le spectre des sujets mis sur la table est conséquent :

— Mariage, droit de vote, éducation, maternité, travail, prostitution, législation, religion, récit historique, je pense qu’on a fait le tour des thèmes sur lesquels on nous attend mesdames. On se revoit mercredi prochain. Oui Arlette, une question ?
— Est-ce qu’on peut parler du vélo ?
— Mais bien sûûûr enfin Arlette, grosse thématique féministe le vélo, QUE N’Y A-T-ON PENSÉ PLUS TÔT ? Vous voulez qu’on évoque la migration des escargots en Asie Mineure tant qu’on y est ?
— Non mais je pensais que le vélo…
— Mais c’est ça justement, Arlette, le problème : vous pensez.

Dans le courant des années 1830 le saint-simonisme disparaît du paysage politique. Au sein de ce mouvement, le combat féministe fait l’objet de sarcasmes pour ses prises de positions jugées iconoclastes. De nombreux commentateurs tombent dans l’opposition habituelle de la femme-mère et de la putain —> Grosse klassik. Le combat féministe tombe un peu en sommeil.

La révolution de 1848 et l’avènement de la IIe République apportent leur lot d’espoir pour les femmes de voir enfin leur condition changer. Jeanne Deroin fait partie de ces femmes qui maintiennent en vie la lutte féministe en la concevant comme un élément inhérent au socialisme authentique. Candidate aux élections législatives de 1849, elle subit à son tour les moqueries de ses contemporains, parmi lesquels le caricaturiste Honoré Daumier qui, au demeurant, était un type plutôt drôle.

La figure incontournable des dernières décennies du XIXe et des premières années du XXe siècle est Hubertine Auclert, première femme à se déclarer féministe, qui lance une campagne dont le cheval de bataille est la revendication des droits politiques pour les femmes. Et elle n’y alla pas de main morte la Hubertine en 1908, lors des élections municipales parisiennes :

— Hubertine, lâchez cette urne.
— Non. J’ai pas déposé mon bulletin.
— Lâchez ce bulletin.
— Justement je m’apprêtais à le lâcher dans l’urne.
— Vous n’avez pas le droit !
— C’est le fait de le mettre dans l’urne ou c’est juste le fait que je tienne un bulletin qui vous dérange Achille ? Nan parce que si ça vous met mal à l’aise je peux aussi me retourner pour le faire si vous voulez. Ou alors vous pouvez aussi partir, c’est pas mal aussi ça.
— Vous me fatiguez.
— Attendez Achille, que se passe-t-il si le bulletin glisse involontairement dans l’urne, comme ça hop ! Et que l’urne glisse involontairement par terre ?
— C’EST UN ATTENTAT CONSTITUTIONNEL !
— Non Achille vous confondez, ça c’est une urne brisée. L’attentat constitutionnel c’est que la moitié de la population de ce pays soit privée du droit fondamental de choisir ses représentants politiques. (Alors tu fermes ta gueule ok).

Les périodes d’entre-deux-guerres virent s’affronter, toutes proportions gardées, deux types de féminismes. L’un, très consensuel, qui a adhéré aux politiques natalistes de l’époque. Beaucoup de femmes ont en effet, de la même façon que le gouvernement et les mouvements religieux, affirmé que le rôle des femmes en ces temps de reconstruction du pays, était de faire des enfants afin de repeupler la France. Le droit à l’avortement n’est plus défendu. Une idéologie qui fut tout de même combattue par d’autres femmes jugées folles et dérangées que l’on appelle improprement « féministes radicales » : Madeleine Pelletier, Aria Ly ou encore Nelly Roussel. Merci les meufs.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le droit de vote effectif en 1945 pour les femmes fut presque un non-événement tant il paraissait désormais évident.

Le vrai séisme eut lieu en 1949, lorsque fut publié ‘Le Deuxième Sexe’ de Simone de Beauvoir. Bouleversement total. Le sexe d’un être n’engendre aucun déterminisme social ni biologique. Une femme n’est pas prédestinée à être mère ni même à être une épouse. Toutes ces choses qui paraissaient évidentes à beaucoup, y compris certaines femmes, voyaient révéler leur vrai visage, celui d’une construction sociale arbitraire et patriarcale. Chez les communistes aussi bien qu’au sein de la droite catholique, les réactions hostiles ne tardent pas. Le livre passe de main en main… 22 000 exemplaires sont vendus la première semaine. Dans tous les milieux on en parle :

— Sœur Hortense vous avez été surprise par sœur Marguerite en train de lire du Simone de Beauvoir dans le confessionnal. Je ne vous cache pas que ça fait tâche. Je n’ai pas pu faire autrement que d’en parler à l’évêque.
— Ah il veut le lire ?
— Ne soyez pas insolente ma fille. Vous ne pouvez pas ignorer que cet événement vient s’ajouter à un dossier déjà bien rempli. Que vous mettiez des mains aux fesses à soeur Marie-Clarté passe encore. Que vous ayez brûlé votre soutien-gorge dans le cloître le mois dernier en chantant l’Internationale fut interprété comme un égarement communiste passager. Mais là, Hortense, lire du Simone de Beauvoir, vous dépassez les saintes limites.

Les événements de mai 68 n’ont pas été un moment privilégié de revendications féministes. Ils ont néanmoins ouvert la voie aux luttes des années 70, portées non plus sur l’accès aux droits poli-tiques mais sur libération du corps des femmes. La contraception et, surtout, le droit à l’avortement furent les deux grands combats de cette décennie. La femme n’est plus le réceptacle maternel traditionnel mais devient un sujet à part entière libre des choix qui engagent son corps. En 1970, le MLF (Mouvement de Libération des Femmes) est créé et s’attaque au patriarcat. En 1973, le ‘Manifeste des 343 salopes’ est publié dans le Nouvel Obs, levant le voile sur la réalité concrète de l’avortement. Simone Veil monte à la tribune en 1974 pour défendre l’accès libre à l’IVG.

Les décennies qui suivent sont marquées par une multiplication des études sur les mouvements féministes. Mais rien n’est acquis et il est important de rester vigilants car des retours en arrière sont toujours possibles.

— Allô Michel on a Deneuve sur la 2 qui voudrait intervenir dans la Chronique de Saillard. C’est possib’ ?
— Vas-y envoie, Régis, on a encore 30 secondes d’antenne.
— Allô ?
— Allô oui c’est Catherine.
— Allez-y Catherine mais grouillez-vous ma grande, faut qu’on arrive à terminer cette chronique déjà beaucoup trop longue.
— Je voulais juste rappeler qu’en tant que femme j’aime me prendre des mains au cul.
— Ok merci Catherine. (Michel tu coupes Catherine stp elle est en roue libre là). Saillard tu nous fais ta conclusion parce que tu commences à nous emmerder avec tes histoires de gonzesses qui veulent des droits.

Je conclus donc cet exposé de la même façon que l’on conclut tout travail académique qui se respecte, à savoir par une citation à laquelle personne ne bitera rien.

Je voudrais donc citer Christine de Pizan qui nous livrait à l’aube du XVe siècle cette puissante pensée : « car il ne doit mie estre présumé que de sçavoir les sciences moralles et qui apprennent les vertus, mes meurs doivent en empirer; ainsi n’est point de doubte qu’ils en amendent et anoblissent ».

Voilà, démerdez-vous avec ça.

Par le Professeur Saillard

Cet article a été publié dans le numéro un de la version papier de Désublimation Régressive, vendue à l’occasion du festival POP Meufs qui s’est tenu durant tout le mois de mars 2018 au Pavillon des canaux (Paris XIXe). Vous l’avez loupée ? Séchez vos larmes : il est encore temps de l’acheter ! Ecrivez-nous juste un mail à desublimation.regressive@gmail.com.

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[Edition POP Meufs] Edito du printemps

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Vous le voyez ce petit bourgeon qui commence à présenter son minois aux rayons du soleil enfin de retour ? Vous le voyez bien ? Ce petit bourgeon, il annonce le premier printemps de la nouvelle femme.

Celle dont la parole s’est libérée, celle contre qui une autre parole s’est déchaînée aussi. On a dénoncé une campagne contre l’homme alors qu’il s’agit d’une révolution pour l’Homme (ouais j’ai fait punchline LV1). Pour l’Homme ou, soyons fous et inclusifs : pour l’humain.

Bon, révolution, c’est peut-être un grand mot, on va y aller doucement niveau lexical, faudrait pas non plus choquer le bourgeois. Et puis c’est pas comme si des révolutions, dans le féminisme, y en avait pas déjà eu quelques-unes, comme le Professeur Saillard va nous le rappeler. Enfin, n’empêche. Et si on se disait que l’ancien monde vient de connaître son dernier automne et son dernier hiver ?

Ça sonne bien hein ? Ça sonne bien mais il y a encore du taf les enfants. Du taf pour faire accepter que « féminisme » n’est pas un gros mot (des gros mots il y en a de bien pires et Alizé nous donne leurs définitions). Du taf pour déceler les petites traces de sexisme ordinaire qui se cachent dans nos conversations quotidiennes, comme celles qu’Apo met chaque mois en BD. Du taf pour faire comprendre que le sexisme est systémique, c’est-à-dire qu’il repose sur une société entièrement pensée autour de l’inégalité entre les sexes et que combattre ses symptômes sans s’attaquer au fond du problème serait à peu près équivalent à éponger sans cesse un sol inondé sans réparer la fuite. Mais les plombiers du féminisme sont rares ! Alors chez Désublimation Régressive on a décidé de prendre nos déboucheurs à pompe et nos lisseurs de joints (bien sûr j’ai tapé « outils de plombiers » dans Google, ben oui je suis une fille, j’y connais rien en plomberie, eh) et de faire ce qu’on sait faire de mieux : des blagues. Des blagues mais aussi l’interview par Titi Bitch d’une championne olympique qui s’est impliquée dans la reconstitution de Porto Rico après l’ouragan Maria, une mixtape 100% meufs concoctée par le musicien Fragrance., des alexandrins sur le mouvement #metoo signés de la Baronne, un horoscope illustré et un psychotest pour savoir quel.le féministe sommeille en vous.

Alors place à l’édition POP Meufs de Désu, place à la blague, place à la nouvelle femme et place au nouveau monde. Joyeux printemps !

L’équipe de Désublimation Régressive

Le festival POP Meufs s’est tenu durant tout le mois de mars 2018 au Pavillon des canaux (Paris XIXe). Désublimation Régressive était partenaire de ce festival le temps d’une soirée lors de laquelle le premier numéro papier du journal était vendue. Vous l’avez loupée ? Séchez vos larmes : il est encore temps de l’acheter ! Ecrivez-nous juste un mail à desublimation.regressive@gmail.com.

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Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse

L’histoire de l’art c’est cool mais c’est encore mieux quand c’est LOL

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Le Radeau de la Méduse, 1819, Théodore Géricault feat. Désublimation Régressive

La vraie histoire de ce tableau est à découvrir ici :

« Tous dans la même galère »
Où l’on fait la connaissance d’un célèbre modèle haïtien.

 

Chronique historique #27 ~ Roncevaux, sa toute toute première biguine partie

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– On en est où là Geoffroy ?
– Nous ne sommes pas encore à mi-chemin sire, il nous reste 3h avant de passer les Pyrénées.
– Ra, fais chier. Dites, Geoffroy, vous pouvez dire à Roland qu’il lâche 2 secondes sa flûte à bec là ? Ça fait une heure qu’il nous passe en revue toute la discographie de la Compagnie Créole, ça commence à taper sur le système des gars. Regardez la tronche de Baudoin, on dirait qu’il a la gastro.
– Sire, Roland dit qu’il ne fait que tester l’alerte en cas d’attaque.
– Vous savez Geoffroy, de mémoire d’homme personne n’a jamais testé une « alerte-en-cas-d’attaque » avec des standards martiniquais. Personne. Jamais.

Lire la suite « Chronique historique #27 ~ Roncevaux, sa toute toute première biguine partie »

Chronique historique #26 ~ Jean-François, Régine et les hiéroglyphes

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Jean-François Champollion, lorsqu’il déchiffra les hiéroglyphes de la pierre de Rosette. © MARY EVANS/SIPA feat. Désublimation Régressive

– Régine vous voulez venir une minute vous éplucherez les patates plus tard merci.
– Oui Jean-François ?
– Je vais vous montrer quelque chose et vous allez me dire ce que ça vous évoque.
– Loin de moins l’intention de vous paraître soupe-au-lait Jean-François mais la dernière fois qu’on m’a dit ça je me suis retrouvée enceinte.
– Attention c’est parti ! CON-CEN-TREZ-VOUS-RE-GINE !
………….
– C’EST UN HIBOU !
– Et bien PAS DU TOUT FIGUREZ-VOUS, vous êtes complètement à côté ma pauv’ Régine. Mais alors complètement.
– Je ne comprends pas bien le sens de ce jeu Jean-François.
– Oula alors attention Régine ceci n’est pas un jeu. Ceci est un hiéroglyphe.
– Hiéroglyphe c’est la famille du hibou ?
– Sortez.

Le 14 septembre 1822, Jean-François Champollion perce le secret des hiéroglyphes et ouvre la voie à l’égyptologie moderne. Au cœur de cette découverte, celle la pierre de Rosette, bloc de basalte gravé, mis au jour en 1799 sur un chantier par un soldat de l’expédition française bonapartiste. Et il s’en fallut de peu que la pierre ne terminât en matériau de construction :

– Mon adjudant, vous savez la grosse pierre que Régis avait trouvé sur le chantier.
– Celle qui devait servir pour faire les chiottes et à laquelle il s’est enchaîné 2 jours en disant que c’était important et qu’on pouvait pas comprendre ? Oui eh bien ?
– Eh bien les historiens disent que les inscriptions qui s’y trouvent gravées sont écrites en grec, en démotique et dans la langue dont on ignore tout : celle des anciens égyptiens. Ils disent que c’est important.
– Merde. Régis est au courant ?
– On n’a pas eu le temps de filtrer l’info. Il est présentement en train de procéder à une analyse visuelle approfondie de tous les cailloux du chantier. Il a confisqué toutes les pioches jusqu’à nouvel ordre.

1802, les Anglais, vainqueurs en Egypte, emportent la pierre de Régis Rosette en Grande Bretagne. Les Français, petits malins, voyant le coup venir, en avaient fait un certain nombre de copies. Une course effrénée s’engage alors entre les scientifiques des deux puissances afin de percer le mystère de l’écriture hiéroglyphique. Et c’est là qu’on sort notre star, notre Rihanna de la langue morte, notre Mick Jagger de l’idéogramme, notre beau-gosse du cartouche pharaonique : Jean-François Champollion.

Très tôt le jeune Jean-François, nul en maths,  présente en revanche des prédispositions évidentes pour les langues anciennes. Il se procure une copie des inscriptions de la pierre de Rosette et commence son analyse :

– Vous savez Régine, j’suis pas seul sur le coup.
– Ah non Jean-François ?
– Non ma grande. On est beaucoup. Côté britannique le physicien Thomas Young a déjà commencé le boulot et il a une petite longueur d’avance. J’ai appris récemment qu’il était arrivé à établir des correspondances entre certaines lettres grecques et les signes hiéroglyphiques. Vous savez ce que c’est des correspondances Régine ?
– C’est quand on fait les choses au même moment ?
– Non vous confondez avec coordination.
– Ah.
– Bref, ce con est sur la bonne voie, il faut que je m’appuie sur ses découvertes et que je le double. Doubler, vous comprenez Régine ?
– C’est quand un bateau s’enfonce dans l’eau ?
– Oui voilà.

Ce que Régine ne sait pas c’est que Jean-François a une longueur d’avance, et une bonne. Il connaît la langue copte, elle-même évolution du démotique qui est une sorte de version cursive de l’ancien égyptien. Balaise charentaise. En 1822 il touche au but :

– Bon Régine je vous expose le bordel. Vous vous rappelez tout ce que je vous ai dit sur la correspondance des signes entre le grec et les hiéroglyphes ?
– Sur le fait que c’était bien coordonné ?
– Voilà.
– J’en ai quelques souvenirs oui.
– Et bien Régine, cramponnez-vous bien à votre jupon, j’ai découvert que l’écriture hiéroglyphique est faite à la fois d’idéogrammes et de phonogrammes ! ALORS, CA VOUS EMBOUCHE LE TUTU CA HEIN ! A MOI LES SECRETS DE L’EGYPTE PHARAONIQUE !!
– Jean-François vous me faites peur.

En 1822, Champo annonce sa découverte à l’Institut qui salue son analyse. Loin de s’arrêter là, il va travailler à établir une véritable chronologie de l’Egypte antique et à faire de cette connaissance une discipline à part entière, posant ainsi les fondements de l’égyptologie moderne.  En 1828 il part enfin en Egypte :

– Régine vous voyez ce hiéroglyphe là ?
– Non je ne vois qu’un hibou.
– Eh ben oui, c’est ça le hiéroglyphe.
– Mais on n’avait pas dit que c’était pas un hibou ?
– Bah non on avait dit que c’était un hiéroglyphe en forme de hibou !
– Enfin Jean-François je me rappelle très bien que vous aviez très mal pris le fait que je vous dise que c’était un hibou !

-Parce-que vous vous pensiez que c’était juste un hibou or moi je vous dis que c’est pas juste un hibou je vous dis que c’est à la fois un hibou et un hiéroglyphe et que c’est l’association d’un idéogramme hibou et d’un phonogramme qui n’a rien à voir avec un hibou mais donc la modélisation visuelle est celle d’un hibou, JE SAIS QUE VOUS N’ETES QU’UNE FEMME MAIS QUAND MEME REGINE FAITES UN EFFORT MERDE !

– Vous n’êtes pas très ponctuel Jean-François.
– Tolérant vous voulez dire ?
– Oui enfin quand on accepte le point de vue de l’autre.
– Ouai. Tolérant.

A sa mort en 1832, Champollion laisse derrière lui une quantité importante de documents que son frère se chargera de publier. Égyptologie actuelle se réfère encore à ses travaux.

Régine, quant à elle, s’est plongée avec passion, ponctualité et correspondance dans l’ornithologie. Ses travaux ont été incompris. Alors que franchement c’était clair.